lundi 20 juin 2011

Commentaire d'image



Bonjour Madame Wach,

C’est avec grand plaisir et non sans une certaine émotion que je vous écris ce jour, même si je me doute bien du peu de probabilités de réception de cette missive entre vos propres mains. Mais peut-être celle-ci parviendra-t-elle à l’un de vos proches ? Et, si tel ne devait pas être le cas, elle aura au moins eu le mérite de me permettre de m’épancher quelque peu sur la notion de réussite telle qu’édictée par notre belle institution qu’est l’Education Nationale.

Madame Wach, le hasard, la chance… la malchance ? ou que sais-je encore, nous a permis de nous croiser lors de mon année scolaire 1970, en CE2. A cette époque, les élèves étaient disciplinés, ils encaissaient les brimades de leurs professeurs sans piper mot, et sans relater à leurs parents ce qu’ils éprouvaient, ce qu’ils ressentaient comme foncièrement injuste, parce qu’un enfant n’avait qu’à obéir, et que la parole d’un adulte valait bien plus que la sienne.

Je vous ai trouvé méchante, Madame Wach, et ce sentiment était partagé par bon nombre de mes camarades de classe. J’arrivais le matin le ventre noué par la crainte de ce que vous alliez encore chercher à me reprocher. J’ai été au supplice toute cette année-là, parce que vous ne supportiez pas mon caractère rêveur.

« Elève effacée », « élève dans la lune », « élève qui pourrait mieux faire si elle s’en donnait les moyens », que n’ai-je essuyé comme remarques négatives tout au long de notre cohabitation éducative !

Je peux vous le dire maintenant, Madame Wach, on prononçait votre nom à la française, Madame Wach, Madame Vache, la vacharde, mais aussi celle qui reste au ras des pâquerettes, dans son pré, à brouter, avec dans ses yeux une lueur qui donnerait à penser aux intellectuels alentour qu’il n’y avait pas à craindre de concurrence de votre part.

Ah ça, c’est évident ! Etre sur le plancher des vaches ou dans la lune, c’est antinomique. Par conséquent, vous ne pouviez pas comprendre quelles émotions m’envahissaient ; moi-même, du haut de mes neuf ans, je n’avais pas encore pris conscience de ce vers quoi ces émotions me conduiraient ultérieurement.

Ce que je sentais, c’est une irrésistible attirance vers cet astre que l’homme avait foulé pour la première fois un an auparavant ; quelle merveilleuse aventure ! Oui, c’est vrai, j’étais dans la lune la plupart du temps, mais, je veux dire par là, vraiment dans la lune. Je m’imaginais dans cet univers totalement nouveau à explorer et j’avoue que la grammaire, l’orthographe ou le calcul que vous vous efforciez à nous faire ingurgiter, toutes ces matières passaient au second plan.

A l’issue de cette année aussi infructueuse sur le plan de l’apprentissage scolaire et de ses rapports de maître à élève, qu’enrichissante du point de vue de ma construction psychologique, j’ai encore accru ma propension aux rêves, et je me suis projetée cosmonaute. Oui, ma vocation était née : plus tard, je serais cosmonaute ! Dès lors, je me suis mise à travailler d’arrache-pied à l’école, au collège, au lycée puis lors de mes études universitaires, parce que j’avais bien conscience que le système imposait de se consacrer à toutes sortes d’apprentissages pour passer progressivement les caps qui me permettraient, à terme, de réaliser mon vœu le plus cher : quitter ce monde matérialiste et m’élever vers d’autres horizons.

Voilà, Madame Wach, tout cela pour vous dire que si j’étais dans la lune, lors de notre brève rencontre sur cette terre, c’était le prémisse fantasmé de ce que j’allais pouvoir réaliser des années plus tard.

J’étais réellement, concrètement, au contact de la lune, et cela, Madame Wach, vaut tous les prés du monde, quelque soit la couleur de l’herbe…

Bien à vous !

I.B., 20 juin 2011.

jeudi 16 juin 2011

Mots mélés du 15/06/2011

Mots mélés: Ecrire un texte contenant les mots suivants:

Nuit -Illuminer - Ronde - Clairement - Levé - Orient - Féconde - Subrepticement.

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Orient -Express

L'Orient-Express s'enfuyait à travers les contrées sibériennes avec un ronronnement régulier. Clairement, cette affaire paraissait mal engagée pour Hector Pommeau.
Il avait seulement la nuit pour résoudre cette énigme, le temps que le train atteigne Lunavorsk, sa prochaine étape dans son périple vers l'extrémité du continent eurasien. Au-delà, le criminel pourrait se glisser subrepticement hors du convoi et s'évanouir dans la taïga.
Il décida de faire une ronde, tant pour permettre à son imagination féconde de rester en éveil, que pour tenter de glaner quelque indice au détour d'un compartiment. Il ne s'était pas levé de son siège depuis plus de quelques minutes qu'un éclair d'autosatisfaction illumina son visage :
Bon sang, mais c'était bien sûr...
Il ne lui restait plus qu'à organiser une petite mise en scène pour confondre le meurtrier.

Patrick W, le 15 juin 2011.


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Morgenstraich


Levé longtemps avant l'aube, il s'était vêtu en grand silence, pour quitter subrepticement la maison sans réveiller les siens, sans même oser allumer le plafonnier du couloir. Quand il rejoignit sa Clio, il tâtonna avec sa clé faute de voir clairement la serrure, et la voiture de police en pleine ronde de nuit ralentit à sa hauteur. Il sourit à ses occupants d'un air crispé, puis s'engouffra enfin dans son auto glaciale. Il n'avait plus qu'à foncer vers l'Orient, pour cette fois il n'aurait pas à se soucier du GPS.



Il préférait éviter l'autoroute, et se creuser un fragile tunnel de lumière dans l'obscurité. La lune n'était pas assez pleine pour illuminer la campagne, mais il restait ça et là des plaques de neige qui accrochaient de la clarté. Pour ne pas sombrer dans le sommeil, il serrait un plus fort le volant. Il se trouvait un peu fou d'avoir répondu une fois de plus à cet appel hivernal, mais au fond il était ravi de s'être arraché à son lit, pour arriver à l'heure au Morgenstreich. Il avait hâte de retrouver les masques et les hommes sauvages, et il faisait confiance à l'imagination féconde des Bâlois pour l'étonner encore.

L, le 15 juin 2011.

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Délocalisation 

Je manquais clairement de discernement ce jour-là. Je m’étais levée du pied gauche et je sus, par ce signe superstitieux, que ce lundi ne serait pas comme les autres. Pourtant, quand vous arrivez au travail au sortir d’un week-end, et que l’on vous demande : « comment ça va ? », la réponse qui fuse en général, c’est « oh, comme un lundi ! ». Comme si tous ces débuts de semaine se ressemblaient inéluctablement.

Mais non, celui-ci serait différent, je le pressentais. D’emblée, en franchissant le seuil de mon bureau –et n’y voyez pas là le résultat de mon imagination féconde- je remarquai que quelque chose ne collait pas. En fait, nous avions beau être en plein été, huit heures trente du matin, il faisait nuit ; les stores grand ouverts, on pouvait sans aucun souci voir à l’extérieur.

Cela dépassait l’entendement : elle était là, toute ronde, posant au milieu d’une pluie d’étoiles qu’illuminait le ciel. Certes, c’était magnifique, mais était-ce bien la lune, là, devant moi ? Je frottai mes yeux, vins jusqu’à la fenêtre pour toucher la vitre et vérifier que les collègues ne m’avaient pas fait une mauvaise blague en appliquant une sorte de panneau auto-collant sur toute la surface de la baie vitrée, mais non, rient de tout cela, la nuit envahissait les premières heures de la semaine.

Je me glissai subrepticement hors de mon espace de travail et gagnai le bureau voisin, histoire de connaître et apprécier les réactions de mes congénères.

C’est là que je me dis : « suis-je devenue folle ? ». Ils n’avaient pas du tout l’air surpris par cette situation ubuesque. Après le laps de temps nécessaire à me calmer, retrouvant mon souffle et ma capacité à m’exprimer, j’osai une question : « euh… dites, les gars… vous avez remarqué ? 

  • quoi ? me répondit mon chef.
  • Ben là, dehors, quoi, il fait nuit !!
  • Mais c’est normal, m’entendis-je répondre, nous avons été délocalisés en Orient

C’est à ce moment-là que je perdis connaissance, et depuis, c’est le trou noir, la nuit complète, une nuit sans lune en quelque sorte…

 I.B., le 15 juin 2011.

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Vocable de lune


J'emporte avec moi, au creux de la nuit, les huit lettres de ton prénom. En rêve ils pourront tout réécrire. Les mots lucioles illumineront par rares endroits le noir de l'absence, ronde et pleine, prête à laisser échapper ses fantômes. Le jour levé, je me souviendrai du voyage en Orient dont tu m'as parlé tel une promesse féconde. Je ne saurai plus en quels lieux te retrouver alors, réalité et songe se confondent au gré du désir.
Existes-tu vraiment ?
La peau de mes paupières sont si fines que jamais le regard ne se dérobe. Il guette la moindre existence, le plus discret des souffles, la plus vaine des morts. Subrepticement, la lune claire (se) ment, leurrant que la nuit est capable de lumière.


Anne, le 15 juin 2011


mercredi 15 juin 2011

Atelier d'écriture N° 1 à l'Orangerie

Thème: La lune





1) Règles de l'atelier d'écriture : (5mn)

- Un cahier ou classeur et un stylo. Apportez un petit dico si vous en avez un
- Respect
- Liberté de ne pas lire son texte
- Pas de critique négative, uniquement du ressenti
- L'écrivant s'adresse toujours au cinq sens du lecteur: Vue, ouïe, odorat, goût, toucher

Un atelier d'écriture se compose de plusieurs propositions d'écriture :
-Enoncé de la proposition avec ses règles du jeu.
- Temps d'écriture
- Temps de lecture
- Temps d'échange

Les différentes propositions d'écritures peuvent être entrecoupées de lectures ou de partage d'information sur l'art d'écrire (citation) ou la littérature (actualité littéraire)

2) Définition de Lune:
    Ia) Satellite de la terre, son aspect vu de la terre
    Ib) Par analogie, satellite d'une planète
    Ic) Mois lunaire, lunaison   
    IIa) Par analogie, lune de mer = poisson (môle)
    IIb) Lune d'eau = nénuphar blanc
    IIc) Gros visage joufflu, derrière
Etymologie: Vient du latin luna = la lumineuse
a donné lunaire, lunaison (relatif à l'astre)
    luné, lunatique (relatif à son influence)
    lunette, lunule, lunure (relatif à sa forme)
    lundi (relatif à sa divinité)
    L'anglais a emprunté lunatic => loony => Looney Tunes

3) Liste de mots

a) Ecrire des expressions ou groupe de mots contenant le mot lune ( 3 à 4 mn)
Ex. Eclipse de lune, Être dans la lune...

Chacun à son tour lit 1 à 2 expressions

B) Ecrire des titres de livres, de chansons ou de films contenant le mot lune, ou sa traduction anglaise moon., à défaut les planètes ou les étoiles (5 mn)

Chacun son tour lit 1 ou 2 titres de livres, chansons ou films

4) Lecture: Clair de lune, une nouvelle de Dino Buzatti.(8' 30")

Impressions des participants

5) Chaque participant donne un mot (plus ou moins) relatif à la lune:
NOM, VERBE, ADJECTIF, ADVERBE, PARTICIPE PASSE...
Exemple: nuit, lumière blafarde, mystère, folie,  rondeur, croissant; marée, cratère, brille,

Les mots collectés ce soir sont les suivants :
nuit - illuminer - ronde - clairement - levé - Orient - féconde - subrepticement

Ecrire un texte contenant l'ensemble de ces mots (30 min)

Lecture du texte à l'issue pour ceux qui veulent.

6) Inventer une ou deux définitions imaginaires du mot: néoméniaste. Je ne donne pas le vraie définition, mais chacun pourra la rechercher à postériori sur internet (ou dans un dictionnaire de vieux françois ;) )

7) (s'il reste du temps) Commentaire d'image: 30 minutes à terminer pour la prochaine fois

Voici l'image


Quelques références bibliographiques:
- Moonfire : Très bel album retraçant avec force photographies l'histoire de la mission Apollo XI  avec des extraits de l'oeuvre de Norman Mailer réalisée en exclusivité pour le magazine LIFE.
- Bivouac sur la lune: Le reportage intégral de Norman Mailer, complété à postériori. Norman Mailer ne se contente pas d'être un témoin, il est véritablement acteur de cette aventure humaine et technologique. qui restera me semble-t-il "le" mythe du XXe siècle.
- Pierre de lune de Wiliam Wilkie Collins. L'ancêtre du roman policier, dépeint notamment les effets de l'opium.
- Le roman de la lune: Anthologie parue chez Omnibus réunissant des textes de Cyrano deBergrac, Jules Verne, Pierre Boulle, H.G. Wells, Edgar Allan Poe...

Et une référence d'un film mythique dont j'ai complètement oublié de vous parler :
- L'étoffe des héros de Philip Kaufman avec Sam Shepard.

Et une surprise : Une petite vidéo